Je sors de l'hôpital et maintenant, je bouffe que des yogourts

Bienvenue dans la Guerre des Yogourts. Entre faux “grecs”, marketing nordique et quark est-allemand, j’ai découvert que le meilleur produit est aussi le moins cher.

Je sors de l'hôpital et maintenant, je bouffe que des yogourts

Un Est-Allemand, un Grec et un viking entrent dans un bar à frozen yogurt.

Détendez-vous, prenez votre cuillère et lisez.

C'est une histoire de yogourts, de faux-semblants, d'amour fermenté, de haine à l'acide lactique et de trahisons laitières.

Aussi loin que je me souvienne, je suis régulièrement pris d'obsessions pour un sujet alimentaire.

Petit garçon, je passais mes petits-déjeuners à décrypter les ingrédients des paquets de céréales. Aujourd'hui encore, je décortique les stratégies de prix, les différences de composition entre le M-Budget et le premium, l'origine des légumes en fonction des saisons.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais publié ces lubies aussi passionnantes pour moi que sans intérêt pour 99 % de la population.

Mais ça change ici et maintenant ! C'est fini, plus d'auto-censure : plongez avec moi dans le maelström de la Guerre des Yaourts.

Mais commençons par le début, et donc par un peu de contexte.

Je sors de l'hôpital, opération et tout.

Ce n'est pas une expérience plaisante, certes, mais néanmoins hautement instructive. Narcose complète, intervention chirurgicale et, plus inattendu, transport alité à travers les couloirs de la Clinique de la Source, je sais bien où c'est maintenant. Le seul moment de votre vie où votre point de vue est à la fois horizontal et dynamique. Très cinématographique, très Louis XIV.

J'en profite pour saluer l'extrême compétence du personnel durant les douze heures passées à la Clinique. J'ai pleinement apprécié le privilège de vivre dans un pays si riche, éduqué et technologiquement pourvu.

Cette opération est plutôt secondaire dans mon histoire du jour, mais le Guérilla Gourmande nouvelle génération se veut aussi plus personnel, et puis, vous vous demandez peut-être pourquoi je n'ai pas posté depuis quelques jours. Alors voilà, je me suis fait retirer un outil de travail important : Ma vésicule biliaire. C'était la seule que j'avais, en plus !

La vésicule biliaire, comme l'indique son nom, stocke de la bile, un liquide produit par le foie dont le rôle est d'aider à digérer la graisse. Mais dans la mienne, de vésicule, il y avait des calculs dangereux. Pas d'autre solution que l'ablation, réalisée de main de maître par le Dr. Cédric Vallet, qui, malgré un côté brut de décoffrage à la consultation, joue du scalpel comme Mozart du piano, chapeau l'artist. Il m'a fait trois trous sur le torse, et un lifting du nombril en bonus. Tout s'est bien passé.

À la Clinique de la Source, ce merveilleux centre de compétence et de génie humain, j'ai bénéficié d'une assiette pauvre en graisse pour ménager mon métabolisme affaibli.

Je ne vais pas sombrer dans la critique culinaire de cantine d'hôpital. Disons simplement que ce genre de repas est une manière de reconnecter avec les basiques.

Betterave rouge, cottage cheese, jambon, viande séchée, sérac, après 16 heures de jeûne, et beaucoup d'émotions, c'était bon.

Le soir, j'ai eu quelque chose de chaud : du jambon, des pommes de terre nouvelles, et j'ai à nouveau mesuré la qualité de notre système de santé. C'était simplement parfait et peut-être meilleur, nutritivement et gustativement, que la moyenne de ce que mangent les gens en général.

Tout ça pour dire que j'ai été temporairement entravé dans mon exploration des burgers lausannois.

Ce que vous ne savez pas, c'est que j'y allais déjà mollo sur les graisses, avant l'opération. Avec ce problème biliaire, ma digestion fonctionne assez mal et c'est pour ça que vous me voyez manger des burgers/coleslaw sans frites, chez Classic par exemple. Je ne peux plus faire comme à la grande époque et tester deux burgers d'un coup ou je ne sais pas quelle ineptie.

Pour couronner le tout, j'ai du cholestérol, raison de plus de faire attention.

Vous imaginez peut-être que ma vie n'est faite que d'excès dégoulinants et que ma courbe de poids adopte une courbe exponentielle. C'est pourtant l'inverse.

J'ai dû perdre dix ou quinze kilos depuis cet été. Je ne suis pas précis sur le montant parce que je ne me pèse pas, puisque je n'ai pas de balance. Je me contente donc de regarder la courbe de mes hanches se creuser un peu plus chaque semaine.

Ce problème biliaire joue un rôle accidentel dans la maîtrise de ma masse graisseuse, mais ce n'est pas la seule variable : depuis quelques mois, je change de style de vie.

Avec la reprise de Guérilla Gourmande, et la fin progressive de la délétère vie de bureau, je bouge plus souvent et plus longtemps. Mon nombre de pas journaliers a explosé, atteignant régulièrement les quinze mille.

L'autre volet "fitness", c'est la nutrition. Pour compenser mes nombreuses escapades au pays du burger, demain de la pizza ou du ramen, j'ai deux stratégies : La première consiste à alléger le menu-test au maximum, la seconde à optimiser les autres repas de la journée.

Et c'est là qu'on en vient à notre sujet : Les yogourts.

Je vous la fais courte : mon obsession récente est de créer un bircher optimal pour mon cholestérol, mes LDL et tout ça.

Je n'entre pas dans les détails scientifiques : il suffit de savoir qu'il me faut de l'avoine, du chia, de la poire... et évidemment du yogourt.

C'est donc par ce chemin circonvolu que je me suis intéressé au sujet. Mes bons amis, c'est un puits sans fond.

J'y suis tombé par hasard, mais vous allez voir que, comme le tacos, il recèle des secrets sociologiques et culturels fascinants.

Pour aller avec mon bircher, un pot d'un kilo de yogourt grec me semblait idéal. Mon choix s'est porté sur le Coop Prix Garantie. C'est là que ça se gâte.

Mon "Yogurt à la grecque" n'est pas ce qu'il prétend être. En fait, il n'a rien de grec. Il est aussi grec que moi si je mettais une moustache en plastoque et me promenais avec un bloc de feta dans la main en lançant des "Kalimera" à la cantonade.

Je m'en suis rendu compte en donnant la composition à ChatGPT.

En gros, il m'a dit : "Ton truc, c'est de la merde."

🤖
C’est un yaourt grec “riche”, très gras, et peu protéiné

Un vrai yaourt grec typique tourne à 9–10 g de protéines / 100 g.
Le tien n’en a que 3.2 g, avec :

- beaucoup de gras (surtout saturés),
- peu de protéines.

Conclusion : ce n’est pas un vrai yaourt grec stricto sensu, mais plutôt un yaourt entier épais vendu sous ce nom.

J'ai continué à creuser avec lui pour me rendre compte que le seul et unique vrai yogourt grec et non "à la grcque" est le Fage, aussi appelé Total.

Ses explications sont pour le moins édifiantes :

🤖
Tu viens de mettre le doigt sur le plus gros mensonge marketing du rayon laitier suisse :

La plupart des “yaourts grecs” ne sont PAS des yaourts grecs.

Et ça explique exactement les écarts que tu vois entre ton premier yaourt, le Yaos, et le Fage.

Le Fage est un “vrai” yaourt grec : filtré 3 fois.

Un vrai yaourt grec doit :

- être filtré mécaniquement (pas gélifié)
- perdre une partie de son eau
- concentrer les protéines
- épaissir naturellement
- rester bas en sucres
- contenir 8–10 g de protéines / 100 g

C’est strictement ce que fait Fage (ou Total).

Résultat naturel :

- Dense, épais, sec
- Très protéiné
- Peu gras ou moyennement gras
- Peu sucré
- Coûte plus cher (3 filtrations mécaniques)

Les “yaourts grecs” suisses → ce sont des yaourts brassés enrichis en crème.

Pour imiter la texture, les industriels suisses font ceci :

- Yaourt classique (souvent 3–4 % MG)
- Ils rajoutent de la crème pour épaissir
- Un peu de gélifiants ou stabilisants (selon marques)
- ZERO filtration mécanique réelle
- Résultat crémeux mais faussement “grec”

Pourquoi c’est trompeur ?

Parce que visuellement ça ressemble…
Mais nutritionnellement, ça n’a rien à voir :

- Peu de protéines
- Beaucoup de graisses saturées
- Plus de calories
- Plus sucré parfois
- Moins de satiété
- Moins de bénéfices cardio-métaboliques

Exemple concet avec les valeurs que tu m’as apportées

Ton premier yaourt “grec”

- 3.2 g protéines
- 10 g lipides
- 6.1 g saturés
➡️ C’est juste un yaourt entier très crémeux.

Yaos

- 4.8 g protéines
- 7.5 g lipides
- 4.4 g saturés
➡️ Toujours pas grec. Juste du yaourt + crème.

Fage (le vrai)

- 9 g protéines
- 5 g lipides
- 3.6 g saturés
➡️ Là on est dans un vrai yaourt grec filtré.

Pourquoi ils ne filtrent pas vraiment ?

Parce que ça coûte cher.

La filtration mécanique (tamis fin, centrifugation) enlève ~40 % du volume.

Donc pour 1 kg de vrai grec, tu dois produire ~2 kg de yaourt normal.

Les marques suisses préfèrent :

Yaourt normal + un peu de crème = texture similaire, coût réduit.

Économiquement, ça se tient.
Nutritionnellement, ça n’a rien à voir.

Bordée d'injures et de malédictions proférées entre mes dents. Si j'étais grec, j'aurais un seum de tous les diables.

J'adorais déjà la marque Fage juste pour le goût. Je la respecte désormais encore plus et je comprends que chaque centime de son prix est justifié.

J'ai d'autres réflexions sur le Yaos, son esthétique hellénique, ainsi que son prix... mais je les garde pour moi.


À la rigueur, le Prix Garantie à 4,20 le kg. je peux pardonner... mais le Yaos à 8,70 CHF, j'ai vraiment de la peine.

Notez que, tout de même, la qualité à un prix : 12,90 CHF le kilo pour le Fage qui reste le plus onéreux.

Tout aurait pu s'arrêter là.

Je serais parti vers le soleil couchant avec un gobelet de Fage dans chacune des sacoches de ma selle.

Mais c'est sans compter sur ma tendance naturelle à verser dans l'obsession et ma propension toute hollandaise et protestante à chercher, sans cesse, la solution la plus sobre et la plus économique.

Car oui, mes bien chères sœurs et mes bien chers frères, il y a encore mieux que le Fage, et surtout beaucoup moins cher !

Je me suis d'abord demandé si le Skyr était une solution.

Et c'est vrai que c'est bien, nutritivement.

Mais c'est un produit marketing trop cher pour ce qu'il est :

Islande, glaciers, pureté, Vikings, nom qui claque, promesse “healthy high protein”, packaging minimaliste façon lifestyle nordique, vous voyez le tableau.

L'exemple type du produit dont vous payez l'image avant le contenu, le Starbucks du yogourt, en quelque sorte.

C'est là que tout bascule.

En fait, il existe un machin ringard qui couche tout ce petit monde.

C'est le plus sain ET le moins cher.

Il sent les années 1980, les régimes de bodybuilders est-allemands et les lunettes à écailles à verres double foyer fumés au feu de bois.

J'ai développé une relation quasi-érotique avec ce produit.

  • Il est plus riche en protéines que le Skyr
  • Il ne contient pour ainsi dire aucune graisse
  • C'est de loin le moins cher de tous
  • Il n'est presque pas sucré
  • Il est germanique et démodé
  • Et il n'a aucune histoire cool à raconter

Enfin, j'en ai une, moi, d'histoire : Dans ma tête, j'ai créé un univers peuplé de moustachus aux muscles huilés qui soulèvent de la fonte au fond d'une cave grise de Schwedt, mais je crois que je suis seul sur ce coup.

Le Graal, c'est le quark maigre.

On pourrait aussi l'appeler du séré maigre, mais franchement, pourquoi se priver ?

Regardez-moi cette composition de malade mental.

11g de protéines, c'est autant, parfois plus, que les merdes High Protein vendues à prix d'or avec leur composition débile.

Le processus de fabrication est extrêmement simple et naturel.

Voici la liste des ingrédients de ce produit fabuleux :

  • Lait écrémé

Et son prix : 2,50 CHF le kg.

  • Cinq fois moins cher que le Fage
  • Et presque deux fois moins cher que le Yogurt à la grecque Prix Garantie.

Le quark maigre plie le game avec un doigt, mais en tant que produit à faible marge, il est planqué tout en bas du scamomètre dans le rayon.

Je reste fasciné et abasourdi par ces découvertes. Je suis conscient que pour vous, cet article est une plongée absurde dans un esprit malade, mais pour moi, c'est formidable.

J'y vois l'incroyable pouvoir du marketing et de la perception humaine et une ironie savoureuse : le meilleur produit est le moins cher.

Evidemment, je ne peux pas clore ce papier sans fournir ma recette finale :

Bircher Ultime Quark maigre + Chia + Avoine + Poire râpée

Ingrédients :

🧀 Base laitière

  • 150 g quark maigre (M-Classic ou équivalent)

🌾 Fibres solubles

  • 20 g flocons d’avoine
  • 10 g graines de chia

🍐 Fruit

  • 1 poire, râpée avec la peau

💧 Hydratation

  • 3 à 4 cuillères à soupe d’eau
    (ajuster selon la texture souhaitée)

🌰 Optionnel mais recommandé

  • 1 c. soupe d’amandes effilées
    (croquant + magnésium + satiété)
  • Une pincée de cannelle

🧪 Étapes

1) Mélanger le quark + avoine + chia

Bien remuer pour répartir le chia uniformément.

2) Ajouter la poire râpée

Avec son jus → pour la texture et la digestibilité.

3) Ajouter 3–4 cuillères d’eau

Important :

  • active le chia
  • hydrate l’avoine
  • évite une texture trop compacte

4) Laisser reposer 10 à 20 minutes

→ Texture parfaite
→ Fibres solubles activées
→ Digestion douce
→ Effet LDL maximal

5) Mélanger une dernière fois et ajuster

Si trop compact → encore 1 à 2 c. soupe d’eau.


🧠 Macros approximatives

  • Protéines : 22–25 g
  • Calories : 350–400 kcal
  • Lipides : 4–6 g (surtout insaturés)
  • Fibres : 10–12 g
  • Saturés : quasi 0 g
  • Sucre : 15–20 g (poire)

👉 Parfait pour LDL
👉 Digestion ultra légère
👉 Très rassasiant
👉 Aucun pic glycémique
👉 Apport calorique propre

Bon app' les bodybuilders !

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