Monster Energy : A love Story
Comment je suis tombé dans la foncedé du Monster, l'investissement le plus rentable devant Amazon. Récit d'une addiction à 500 mg de caféine par jour, entre gueules de bois et efficacité capitaliste et pourquoi j'ai décidé de dire adieu à la boisson des dieux.
Ça fait exactement douze jours que j'ai décidé d'arrêter le Monster.
En moins de deux semaines :
- J'ai arrêté d'en boire tout en supprimant mes autres apports en caféine de synthèse (caféine anhydre).
- Trouvé le produit de remplacement qui me convient : le thé vert.
- Développé ce que j'appelle "mon protocole thé vert" pour assurer une production régulière et qualitative de ma nouvelle drogue.
J'ai testé mon premier batch de thé il y a neuf jours. Depuis, tous les matins, sans exception, je sors ma production journalière maison du frigo et elle m'accompagne toute la journée. J'en sirote à l'instant !
Conclusion : ça fonctionne et je suis prêt à partager ce processus.
Mais commençons par le début, c'est-à-dire ma relation romantique avec le Monster Energy.
Comment je suis tombé dans la foncedé du Monster
Ne vous faites pas d'idées. Au début, j'étais comme vous, un mec normal, rôdant trois fois par jour autour de la machine à café pour le shoot énergétique nécessaire à l'accomplissement des tâches inhérentes à cet employé qualifié de classe moyenne si bien inséré dans le système du capitalisme tardif.
Comme beaucoup, j'ai pris le Monster pour un sous-Red Bull, une pâle copie qui allait même jusqu'à singer son marketing autour des sports extrêmes.
Comme vous, j'étais choqué, en voyant Lucio, l'informaticien Gen Z de génie, débarquer chaque matin à 8h00 avec sa canette de 0,5 litre de Monster. Pour sûr, Lucio allait avoir des problèmes à terme, du diabète, un Alzheimer, quelque chose, n'importe quoi, pour le punir de ne pas respecter la coutume du café, véritable ciment social de la vie de bureau.
Maintenant que j'y pense, malgré mon scepticisme, une graine avait pourtant déjà été plantée un peu avant que je rencontre Lucio.
Un dimanche de gueule de bois, je suis tombé sur le Monster Rehab à la station-service. Mmh... du thé, du jus de citron, avec en plus de l'énergie, c'est juste ce qu'il me faut, et le nom suggère que cette boisson est conçue spécifiquement pour moi, à ce moment précis, par des ingénieurs très qualifiés en Amérique qui ont étudié, des décennies durant, la souffrance d'un corps déshydraté par une nuit de beuverie au Great Escape, puis au Bourg, puis, on ne sait plus trop où mais en tout cas on s'est réveillé à la maison.

Il y a un autre détail qui m'a plu : je me suis rendu compte que Monster ajuste ses recettes finement. Dans le Rehab, il y a aussi des électrolytes, et si vous avez vu Idiocratie, vous comprendrez que cette histoire révèle peut-être certains traits attachants de ma personnalité. Ce n'est pas tout, il y a aussi de la guarana et du concentré d'eau de coco !
Il n'en fallait pas plus pour me convaincre. Et je vous le dis, un Rehab bien glacé sur une gueule de bois, c'est le petit Jésus en culotte de velours. Les matins difficiles, je suis devenu un habitué.
Sur le reste de la gamme, je n'étais pas converti. Mais ce n'était qu'une question de temps, car la formule Monster est un des succès agroalimentaires les plus flamboyants de ces vingt dernières années. Comme je suis tombé sous les coups de boutoir de McDo, je ne tarderai pas à succomber aux griffes de ce mastodonte.

Le cours de son action reflète une conquête du monde qui continue à ce jour. Si vous ne vous y connaissez pas trop en finance, ce graphique explique en gros, que pendant que la Silicon Valley suait sang et eau pour inventer le futur, une boisson au goût de bonbon chimique et au logo en forme de griffure est devenue, sans faire de bruit, l'investissement le plus rentable de ces trente dernières années, devançant même Amazon.
En tant qu'amateur dépendant à cette boisson des dieux, j'ai moi-même fureté dans les allées de la Coop pour voir apparaître, mois après mois, toujours plus de rangées de Monster dans les frigos.
En Suisse, comme dans beaucoup d'autres régions, le gros moteur de la croissance, c'est la gamme Ultra, et c'est là que votre serviteur dopé aux stimulants a flanché, parce que jamais, question de principe, je n'aurais remplacé mes cafés noirs, sans sucres, par une limonade sucrée au goût de Malabar.
Alors quand est arrivé le Monster Ultra, je me suis tout simplement fait one-shot.

Le coup de génie, c'est d'avoir donné un goût délicat, opposé à celui du Red Bull ou même du Monster classique, à cette boisson sans sucre devenue littéralement objet de culte.
Comme je suis investi dans le domaine des crypto-actifs (posez pas de questions), je fréquente en ligne des amerloques de vingt piges qui brassent des millions, développent des apps sur la blockchain et carburent au Monster jusqu'à en faire un mème. D'ailleurs, je suis sûr que c'est le cas dans plein d'autres cercles bien plus larges, mais dont le point commun est d'être très jeunes, parce qu'au bureau, on me regardait bizarre avec mes Monsters.

Le fait est que j'en avais plein le cul du café, avec son amertume à la con, ses torréfacteurs à tabliers bleus et ces foutues capsules en alu.
Pour un gars comme moi, qui a tout le temps un peu soif, remplacer l'espresso de mes couilles par un demi litre de limonade glacée, contenant l'équivalent de 2 espressos et demi, c'est une offre que je ne peux pas refuser... d'autant que j'ai quand même continué à me faire un ou deux cafés au réveil.

Et puis la gamme sans sucre s'est élargie avec le Top Speed à la pêche, l'Ultra Fiesta à la mangue, l'Ultra Paradise kiwi et lime, une folie. J'en ai les papilles qui frétillent.
Bon, j'étais quand même parti bien loin avec cette histoire de caféine. Au sommet de ma consommation, je devais tourner à pas loin de 500 mg par jour, dépassant le seuil de sécurité de l'EFSA (400 mg). Il y avait du café et deux Monster Ultra par jour, soit 730 unités par an. En 2021, j'ai mis en place la logistique et commencé à commander par cartons de douze. J'avais aussi des capsules de caféine pure dosée à 200 mg, en cas d'urgence. Un vrai toxico.

Je peux vous dire que la première fois que j'ai testé un sevrage brutal, j'ai souffert.
Il y a trois accélérateurs à ma consommation :
- L'arrivée des enfants et la nécessité de survivre pour quelqu'un qui a besoin de ses huit heures de sommeil.
- Mon problème de vésicule biliaire qui, je m'en rends compte après mon opération, drainait massivement mon énergie
- Mon job à forte responsabilité qui exigeait d'être toujours vif et énergique tout en passant sa journée assis comme une merde
Toujours est-il que j'ai pris énormément de plaisir à boire tous ces Monsters, et franchement, si je ne m'inquiétais pas de leur effet sur ma santé, et de ma dépendance trop forte à la caféine, je continuerais peut-être.

Mais pour moi les choses ont changé :
- Les enfants dorment enfin sans avoir besoin de mettre du chasselas dans le biberon.
- Je suis opéré, et miraculeusement plus énergique toute la journée.
- J'ai remplacé le poison de la vie de bureau façon plante morte par un style de vie plus dynamique, avec des activités variées et stimulantes.
C'est donc naturellement, sans vraiment y réfléchir, que je me suis mis à chercher des alternatives. Le nouveau Lukas ne passe pas sa journée assis au bureau, le nouveau Lukas est plus énergique et mobile, le nouveau Lukas n'a plus besoin d'une solution ultra pratique qui évite de passer 2 minutes à la machine à café, tu fais pschiit et c'est reparti, le nouveau Lukas peut prendre son temps, le nouveau Lukas boit du thé vert et infuse à froid.
Attention, ne vous emballez pas trop sur le nouveau Lukas quand même, j'ai toujours envie de vous parler de la mode du cheddar vendu à la louche dans les grandes chaînes.
Bon, les gars, on est déjà à mille mots alors on va couper cet article en deux. De toute façon il y avait deux sujets, le Monster et le "protocole thé vert" donc c'est plutôt logique.
Le Monster a pris une telle place dans ma vie, et celle de tant d'autres personnes, que je tenais à lui consacrer le nombre de mots qu'il mérite.

Donc je remercie Monster de m'avoir accompagné durant ces années difficiles. T'as fait le job, et je ne t'oublierai jamais. Quant à vous, je vous laisse sur le suspense de l'incroyable (ou pas) mécanique que j'ai mis en place pour remplacer de l'energy drink par du thé froid.