Chez Arthur, j'avais tort.
J'avais déjà l'article en tête avant d'y mettre les pieds. Une crêperie néo-bobo rue du Midi, des noms de plats comme des titres de livre jeunesse, facile. Sauf qu'Arthur n'a pas voulu jouer avec moi.
Je ne veux pas devenir une caricature. Attablé Chez Arthur, la nouvelle crêperie bretonne de la rue du Midi, à Lausanne, je me questionne.
"Qu'est-ce que je pourrais bien écrire sur une adresse comme ça ?"
C'est le match retour avec Monsieur Fourmi. Cette fois, c'est moi qui invite et, en guest star, on a un LE meilleur commentateur du Guérilla Gourmande, le mystérieux Louis R.
Monsieur Fourmi me dit qu'il a encore choisi une adresse qui "essaie trop fort", sous-entendu, le père Lukas va encore critiquer. C'est vrai que je me suis reproché toute la semaine de l'avoir laissé choisir : "Chiotte, il va falloir se farcir une crêpe... et dans un néo-resto, en plus". La crêpe, c'est un plat auquel je n'ai jamais réussi à adhérer tout à fait. Et si, en bonus, on a droit à la déco scandinave, alors tout est aligné pour un des ces articles qui cartonne parce que la négativité fait cliquer.
Le site internet de Chez Arthur est une autoroute pour mon cynisme, le menu rempli de Promenade en Forêt et autres Rivière enchantée qui excitent mon appétence pour les piques acérées et le mauvais esprit.

Mais, non, décidément, j'en suis sûr, je ne veux pas être une caricature.
En même temps, sur le moment, je ne vois pas quoi dire sur Arthur. Évidemment qu'elles sont bonnes ses crêpes. Il manquerait plus que le breton nous la fasse à l'envers sa galette. Et puis cette déco fait quand même soupirer, tout comme les assiettes brandées façon brasserie chic.

Pourtant, le repas avance et, à mon insu, les pièces se disposent implacablement comme sur un jeu d'échec. Ce n'est que le lendemain matin que je me rends compte que, oui, j'ai à dire sur Arthur. Mes réflexions existentielles de début de repas ont trouvé la réponse que voici :
Un resto peut avoir des murs en béton brut, des chaises dépareillées ou des ampoules Edison, ce n'est pas ce qui importe. Si le cuisinier a quelque chose à dire, une intention, un pourquoi, alors il peut se produire le miracle de la félicité au restaurant. C'est cette leçon que j'ai apprise dans cette néo-crêperie.
Peut-être que la déco est impersonnelle, mais quelle importance quand le service, lui, est digne de votre meilleur restaurant de quartier ? T'as envie de leur faire la causette, ils connaissent leurs produits, en parlent volontiers et ça se voit que, eux aussi, ils ont envie.

Je peux me moquer de la Balade en Forêt, mais je ne sais pas faire une galette à moitié aussi bonne. Les ingrédients sont biens choisis, ça croustille comme ça doit et c'est servi avec attention, bonne humeur et cette indéfinissable dose d'humanité qui fait qu'on se sent accueilli.
Je pourrais tirer à boulet rouge sur les bières artisanales mais ça ferait de moi un trou du cul parce que la carte des cidres et poirés, pointue, est recommandée avec conviction. Oui, il y a du Vulcain, mais je vous encourage à garder ce mythique cidre local pour la maison et plutôt tester le reste, en particulier les choix du moment.

Alors, non, je ne vais pas me moquer des binchs, simplement vous mépriser profondément si vous les préférez aux cidres, vendus à prix corrects et si rares dans les restaurants. En fait, je crois qu'on peut dire qu'Arthur a la meilleure collection de cidres à Lausanne. Je me vois parfaitement y traîner une soirée entière à enchaîner les bolées. C'est aussi ça la différence : t'as envie d'y rester chez Arthur.

Comment tu sais que ça se passe bien dans un restaurant ? Par exemple, quand tu commandes la bouteille en te disant que c'est trop pour midi, qu'il faudra la ramener à la maison, mais que finalement on la termine. On ne se le dit pas, avec Louis et Rémi, mais on pense très fort qu'on aurait bien repris une bolée de ce À Tue Tête - là encore, je pourrais attaquer sur le nom, une cible facile, mais je ne le ferai pas - un poiré au marc de raisin fabuleux, avec des accents de vin naturel, vendu 30 balles et quelques.
Chez Arthur, t'as la choppe de Zepp à 6.50 CHF, la crêpe complète à 17.50 CHF et le dessert sous les 10 boules. Finalement, heureusement qu'ils ont pas de l'Heineken, ils la feraient à quoi, 5,50 CHF, comme en 2005 ? Dans un monde où le moindre bol de bouillon, l'esquisse d'une planchette, l'ombre d'un plat du jour est à 25 CHF, ces prix sont tellement bienvenus.

L'intention qui se voit dans les yeux du mec qui te sert et sur la note à la sortie. L'intention du patron qui ose te mettre une galette avec saucisse et moutarde dans une forme d'hommage à l'antique et égalitaire saucisse-galette, une sorte de hot-dog breton à l'histoire très intéressante dont j'ai appris l'existence grâce à Monsieur Fourmi qui est breton !

Je vous l'ai dit, évidemment qu'elle est belle la Complète, mais j'ai quand même envie de la mettre en photo parce que quand c'est juste, c'est juste.

Il y a Chez Arthur une ambiance bistrotière qui tape juste. J'ai envie de dire qu'on y fait de la Restauration avec un grand R. C'est niais, mais je m'en fiche, je le dis quand même parce que c'est vrai et que c'est un bon moyen de l'exprimer : Chez Arthur, on fait un truc humain. On y était tout simplement bien ce jour-là.
📍Chez Arthur
Rue du Midi 15
1003 Lausanne
🌐https://www.chezarthur.ch/