Lausangeles : Le joyau perse discret et précis
Oubliez le nom aux airs de franchise globale. Derrière une façade sombre et une signature "Modern Persian Food" se cache une cuisine de traiteur d'une précision chirurgicale. Du riz aux bijoux à l'agneau fondant, récit d'un crash-test savoureux entre deux tuyaux de ventilation.
Ça y est ! J'ai partagé mon premier repas avec un lecteur depuis la résurrection de Guérilla Gourmande. Quel plaisir ! En ce moment, les messages privés se succèdent et ce n'était donc qu'une question de temps avant de rencontrer un premier gourmand.
Avec Xavier, on a testé un restaurant iranien et afghan au nom surprenant de Lausangeles. Je commence à vivre avec mon temps : je l'ai découvert grâce à leur compte Instagram. Honnêtement, ce n'est pas avec ce nom que j'aurais deviné qu'il y avait un restaurant perse du côté de la Coop Caroline.

Enfin, vous êtes peut-être plus cultivé que moi et vous savez qu'il y a à Los Angeles une communauté iranienne dont le sobriquet est Tehrangeles. Immédiatement, vous faites le lien. Bravo, vous m'épatez.
Moi, ce nom de Lausangeles m'évoque plutôt un snack hyper-mondialisé où on servirait des burgers et des croustys. C'est vrai que l'adresse se veut moderne et élégante, esthétique noire et dorée, signature cosmopolite : Modern Persian Food. Il faut aussi dire que la devanture, avec ses couleurs sombres, est discrète : ouvrez l'œil quand vous passez devant. Alors merci Instagram, tu es un cancer pour le cerveau, mais des fois, tu es utile pour découvrir des adresses.
Je suis séduit par ce côté hors des cases, adresse d'initié, restaurant qui se mérite. Car la récompense est à la hauteur de l'attention du curieux. L'échoppe est tenue par une famille de traiteurs qui maîtrise un éventail impressionnant de recettes. Je dis bien "maîtrise" et non pas "propose".
Entre les entrées, les spécialités traditionnelles, les sandwichs, les riz, brochettes et accompagnements, vous pouvez tout faire : du snack rapide au repas trois plats, Lausangeles occupe le terrain. Un vrai parc d'attractions.
Ça veut aussi dire que mon esprit curieux se retrouve avec l'embarras du choix. Heureusement, Xavier était là, et a gentiment partagé ses plats avec moi. Je l'adoube donc officiellement chevalier d'honneur de Guérilla Gourmande.
C'est évidemment impossible de résumer un restaurant en une seule image. Mais si je dois me plier à l'exercice, je vous présente cette tomate. Elle représente à mes yeux le respect du produit et la précision de la cuisine de Lausangeles.
J'avoue aussi que c'est par pure provocation que je vous mets une énorme tomate devant les yeux en guise d'introduction.

Mais regardez cette jolie salade Shirazi Fresh. 6 CHF de fraîcheur et de découpe au scalpel. L'interprétation est originale puisque la grenade et la mélasse de grenade - ajoutées ici avec la générosité qui fait la signature du lieu - ne font pas partie de la recette classique. Il en résulte un hors-d'œuvre à la fois savoureux, gourmand et rafraîchissant.

On dézoome pour admirer un assortiment de brochettes, Koobideh et Saffron Chicken Grill cuit au grill à gaz et savamment assaisonné. Ce qu'il y a de bien, c'est que vous pouvez mixer les brochettes comme vous voulez, ce qui permet de goûter plusieurs choses tout en choisissant ce qui vous plaît le plus. Pareil pour le riz en accompagnement. Ici, le terme "à la carte" prend tout son sens.
L'agneau du Koobideh est franc et sans fausse pudeur, il y a du gras et donc du goût de mouton. La texture homogène et légèrement élastique est bien celle de cette spécialité emblématique de la cuisine populaire persane. Je crois que Xavier est pas méga fan. Il a goûté ça chez Hélène L'Art de la Grillade, ouvert récemment à la place du regretté Isshin. Je comprends parce que c'est typiquement le genre de plats de débrouille qui ruse un peu pour faire passer les morceaux plus rudes. ?Évidemment, moi je suis fan, surtout quand je vois qu'une brochette de 125 g servie avec pain et tomate grillée coûte 9 CHF.
Plus noble, et logiquement deux fois plus cher, le poulet au safran est délicat, bien cuit et offre un contraste parfait avec l'agneau.
Je vous recommande chaudement les assortiments avec riz compris, piment grillé et quartier de citron, en plus de la tomate. Un témoignage du fait qu'ici, on prend la bouffe au sérieux.

Et puis il y a ce riz, décrit par la très aimable personne au service comme plus acidulé que les deux autres propositions, ce que j'ai évidemment adoré.
Parce qu'il faut savoir que chez Lausangeles, comme souvent dans les restaurants de ce style, on fait de la curation de riz. Entre le Barberry Rice (Zereshk Polo), le Cumin Rice (Zireh Polo) et le Saffron Rice (Javaher Polo), c'est un festival qui vaut à lui seul le détour.
Mon Saffron Rice, avec safran, écorce d'orange, épines-vinettes, amandes et pistaches s'appelle littéralement le "riz aux bijoux", Javaher Polo. Un titre mérité puisque les saveurs en jeu mettent cet accompagnement au même niveau gustatif que les viandes avec des contrastes saisissants. L'orange joue ici un rôle clé.
Mon compagnon du jour a joué la carte du luxe avec le plat star de la carte : le Kabouli Palaw Mahicheh. Une souris d'agneau spectaculaire, fondante et délicatement épicée qui achève de situer Lausangeles comme un restaurant de cuisine persane particulièrement polyvalent malgré sa taille réduite.

J'ai trouvé cette cuisine excellente. Mais je suis un peu mal pris.
J'aimerais bien jouer les experts et vous dire que Lausangeles fait partie des meilleurs restaurants iraniens de Lausanne. Mais la vérité, c'est que j'en sais foutre rien. Je ne peux que soupçonner qu'ils sont dans le haut du panier.
J'ai mangé iranien une fois, il y a bien 10 ans. Alors chez Lausangeles, c'était une redécouverte. Et moi, comme je suis un gars enthousiaste, pour ne pas dire béatement gourmand, j'ai tendance à tomber amoureux à chaque fois que je découvre une nouvelle cuisine.
Alors je fouille, je fais une recherche sur internet et je m'aperçois qu'il existe une palanquée de restaurants persans : Herat, Reflets de Perse, Little Persia, Shiraz, Hélène l'Art de la Grillade. Ma foi, je ne peux pas ici vous dire où se classe Lausangeles dans cet écosystème.
Mais ce que je peux vous dire, c'est que je sais reconnaître une cuisine maîtrisée, que je me suis régalé et qu'il n'y a pas tellement de fausses notes. Alors s'il faut chercher, peut-être que la pâte des mantus était un peu dure par endroits. Mais si je m'en plaignais, ça ferait de moi un trou de balle parce que malgré ça, c'était délicieux.

J'en viens à la seule véritable critique que je peux faire. Et on ne peut pas vraiment dire que ce soit de leur faute.
Ils sont installés à un emplacement qui est certes très centré, mais les locaux sont relativement sommaires, malgré les efforts de l'équipe pour rendre le lieu agréable. Il y a 15 places à tout péter et j'étais placé à côté d'un tuyau de ventilation fort bruyant. La salle a donc une ambiance de snack qui n'est pas à la hauteur de la cuisine complète et du service professionnel. Une contradiction difficile à résoudre et qui rend Lausangeles peu adéquat pour les occasions où le cadre est important.
Mais dans l'ultra-centre de Lausanne, c'est une adresse incontournable et versatile pour les amateurs de cuisine persane. La conclusion qui s'impose est la suivante : on vient pour la qualité de la cuisine. On vient parce que c'est bon.
📍Lausangeles
Rue de Langallerie 1
1010 Lausanne
🌐https://laus-angeles.ch/