Inglewood : Le burger chic et propre qui a oublié d’être un sandwich
Un cheeseburger commandé seul, et c'est tout un restaurant qui vous rappelle ses principes. Inglewood joue la carte du burger gourmet avec cohérence, mais entre une tomate envahissante, une sauce timide et un steak cuit en freestyle, le compte n'y est pas tout à fait.
C'est l'histoire d'un mec un peu paumé qui commande un cheeseburger. Dans sa tête, il pense "juste un cheese". Au bout de 10 minutes, la commande arrive... mais on y ajoute des frites, de la salade et une bouteille d'eau du robinet avec un verre pour faire bonne mesure !
Ça m'est arrivé à l'instant chez Inglewood. Que faire de ça ? D'un côté, on ne m'a pas vraiment écouté, de l'autre, on m'a amené de l'eau en quantité sans me la facturer et sans tirer une tronche de douze mètres.
À la réflexion, je crois que ça informe surtout sur ce qu'est Inglewood : un restaurant de hamburger qui s'est construit en opposition au modèle du fast-food. Il y a les prix plus élevés, bien sûr, la qualité des ingrédients, évidemment, mais il y a aussi le fait que le service à table n'est pas qu'une façade.
J'ai commandé un cheese, et la réponse qui m'a été donnée, en action, est qu'ici, en principe, on ne sert les burgers qu'avec leurs accompagnements. Franchement, me viendrait-il à l'idée de demander une entrecôte toute seule ? À ce titre, Inglewood est un vrai restaurant et pas un fast-food.
Et par ce simple fait, il s'éloigne de ce qui m'intéresse dans l'idée même d'un burger. J'y vois, sûrement à tort, une contradiction entre le produit et la façon de le servir.
Alors forcément, quand un toyet dans mon genre commande un sandwich seul comme s'il était chez KFC, il ne peut qu'être déçu. C'est là toute la limite de ma critique : je ne suis pas client.
Je peux déplorer la trahison aux origines modestes du sandwich américain. Je peux râler sur la gentrification du steak haché grillé dans un bout de pain. Je peux même m'étonner du touriste solitaire à côté de moi, qui commande son burger avec un œuf au plat accompagné d'un café, même si ça n'a rien à voir. Mais je ne peux pas reprocher à Inglewood un manque de cohérence.
Comme Zoo Burger, cette mini-chaîne opère dans le registre du burger gourmet qui se mange avec un couteau et une fourchette. J'ai procrastiné avant d'écrire cet article. J'ai peur de ne pas faire justice à leur travail, somme toute très honnête. Je crains aussi la réaction des lecteurs. J'en suis à ma seconde visite chez eux car la première n'a pas suffi à trouver l'angle pour un article que je savais d'avance peu enthousiaste.
Cela dit, comme pour Holy Cow, il y a certains éléments objectifs.
Le test de la main sur le pain est un succès partiel. C'est juste tiède mais le toastage est absent. Faire du gourmet, n'est-ce pas aussi avoir le souci du détail ?

Ensuite, j'ai un problème de fond avec un burger qui est plus haut que large. Je vous laisse calculer la place minuscule que prend le cheddar dans un montage pareil. Je vous laisse imaginer à quoi ressemblerait un double dans ces conditions.
Et puis, il y a cette tomate qui semble vouloir voler la vedette au steak. Sandwich à la tomate ou burger au fromage ? Je vous laisse juge. En tout cas, ça donne un côté salade du chef à ce cheeseburger qui aurait aussi bien pu s'appeler un tomato burger.
C'est quand même une drôle de tour que vous êtes effectivement obligé d'attaquer avec des couverts. Mais alors à quoi bon avoir du pain ? Faut-il rappeler que sa présence consiste justement à faciliter le travail du mangeur ? Ça ne manque pas : cette conception babélienne se paie tout au long du repas. La structure ne tient pas, c'est compliqué à manger et les ingrédients filent dans tous les sens.
"L'un des plus grands péchés du monde du burger, je pense, c'est d'en faire un qui soit tout simplement difficile à manger." Anthony Bourdain.

Là où Zoo Burger se démarque sur le travail remarquable de ses condiments, Inglewood est à la peine. La sauce Iwood a peu de profil. Goûtée seule, on peine à y voir autre chose qu'un ketchup-mayo. Servie en quantité modeste, elle ne peut pas relever un plat handicapé par l'absence d'acteurs tranchants, moutarde et pickles. Ok, je suis un obsédé du vinaigre, mais tout de même, il aurait fallu mettre au moins l'un des deux. Si on se réfère à la carte, pour avoir des cornichons, il faut commander le Valaisan et sa raclette.
Ce burger n'est pas assez relevé. Il faut que ça chante ! Pas assez d'acidité, pas assez de sel, pas assez de piquant, trop de jus de tomate. C'est un peu fade, tout ça.
Rendons à César, la viande est de super qualité. Les parties rosées, signature du lieu, mettent en valeur un goût de viande maturée. Là-dessus, ils sont inattaquables.
Mais cette cuisson est aussi un peu bizarre. Mon steak est quasiment cuit à l'unilatérale. Un côté avec un épais Maillard presque croquant, l'autre juste coloré. Sur le papier, on peut espérer le meilleur des deux mondes : du goût de grillé et de la jutosité. D'une certaine manière, c'est le cas.
D'un autre côté, on se retrouve avec un palet cuit à point d'un côté et saignant de l'autre dans un jeu de textures pas si agréable. Rosé ici, pas là, avec en prime un contact irrégulier sur la plaque au moment du retournement qui accentue le chaos. Approximatif.
Sur une scène burger dominée par le smash, où la bonne cuisson du steak est devenue une religion, ça ne pardonne pas.

Pour un profil comme moi, il y a trop de partis pris qui prennent à rebrousse-poil. Comme chez Holy Cow, je suppose que l'équilibre est mieux assuré sur d'autres propositions de la carte. Cela dit, ce n'est pas avec de la mousse d'asperges et de l'ail des ours que je vais être convaincu.

Du reste, ce n'est pas pour rien que je teste des cheeseburgers. Ça met tout le monde sur un pied d'égalité et vérifie les essentiels : la qualité de la viande, la cuisson, la tenue du burger, la précision des découpes et de l'assaisonnement.
Dans les burgers gourmets de la volée 2010, je préfère aller chez Zoo Burger. C'est pour cette raison qu'Inglewood reçoit la note de Rare.
📍Inglewood
Rue Saint-Laurent 14
1003 Lausanne
🌐https://inglewood.ch/