Fumer en cachette et manger du Crousty : chronique d'une rébellion lausannoise
Les Biennois de TFKrousty attaquent le marché lausannois avec des recettes disruptives sur un marché explosif. Au programme, du Boursin, des crevettes qui n'en sont pas et un peu trop d'approximations.
Arrivé devant TFKrousty, je suis un peu excité.
Il faut dire qu'avec Tacodor, je suis resté sur ma faim. Les recettes semblent improvisées et, franchement, pas vraiment maîtrisées. J'ai été particulièrement déçu par le riz qui m'a plus fait penser à la cantine qu'à un resto thaï. Et à mon grand désarroi, il n'y avait pas cette esthétique typique aux couleurs vives, ambiance du jeu vidéo GTA.
Bref, je n'ai pas encore fait le tour du sujet.
Mais chez TFKrousty, rue de la Pontaise, c'est sûr, je vais avoir droit à la véritable expérience. J'ai inspecté le terrain en amont : ils cochent toutes les cases de ce qui constitue un authentique crousty qui énerve les papis.
Cette nouvelle adresse est l'initiative d'une équipe de Bienne qui propose une multitude de spécialités de fast-food dans son QG, façon food court. À Lausanne, ils ont récupéré le local de Taxi et se focalisent exclusivement sur le crousty.
Il faut dire qu'à Loz, la place de leader est encore à prendre. La plupart des croustys sont le fait de généralistes qui tentent de surfer sur la vague. C'est vrai que certains sont de qualité, comme Classic et La Friterie, mais pour l'instant, aucun pure player ne s'est imposé comme référence.
TFK n'a peut-être pas l'emplacement le plus centré, mais c'est celui qui joue le mieux la carte du crousty. Il débarque avec un savoir-faire, une expérience réussie et une maîtrise de l'esthétique à 100%. Tous les canons sont respectés : couleurs vives, commande sur écran, mobilier minimaliste, et moi devant la porte tout content.

Mais il n'y a pas que l'esthétique. Il y a aussi une carte qui vend du rêve. J'ai une question simple pour vous. Qu'est-ce qui pourrait mal tourner avec le Krousty Boursin ?
Franchement, ça ne peut que marcher : du riz avec une sauce mayo-Boursin, du poulet pané, des oignons frits, du persil, ça doit être le petit Jésus en culotte de velours. Servir un truc comme ça, c'est un peu l'équivalent de fumer des joints dans la chambre des parents quand on a 14 ans. Juste pour ça, je suis obligé de tester.
Parce qu'il faut arrêter de déconner. C'est bien sympa d'aller se farcir des burgers de quarantenaire à travers la ville, mais qui fait dans l'innovation réelle ? Qui repousse les bornes des limites ?
Moi, je dis que le gars qui fout du Boursin et de la sauce piquante dans du riz, c'est lui qui est disruptif à Lausanne en 2026.
Néanmoins, il faut préciser que le Boursin n'est pas un ingrédient nouvellement arrivé dans le secteur du fast-food. C'est un marqueur de goût puissant, très connu dans l'Hexagone, qui a trouvé sa place dans les snacks de périphérie. Avec l'essor du tacos, la bataille des sauces fromagères a donné un nouveau coup de boost au fromage ail et fines herbes. D'ailleurs, chez Bel, propriétaire de la marque, ils ont parfaitement saisi l'opportunité en déclinant leur spécialité en sauce à squeezer et même en seaux pour les professionnels.

Bon, OK, j'admets que je m'emporte avec mon histoire de révolution culinaire.
Mais le Krousty Boursin n'est pas la seule innovation de TFK. Ces trublions du goût urbain, véritables farceurs de la street food, proposent aussi le Krousty Fish, le Krousty French au cordon-bleu et maïs ou encore le Krousty Tempura Bomb à la crevette. Le niveau de promesse est stratosphérique.
Donc oui, je suis excité et je ne peux pas m'empêcher de commander un Boursin ET un crevette.
Première percée scientifique, mes barquettes dégageaient une appétissante odeur d'oignon. C'est très ingénieux, quand on y pense. Parce qu'une des marques de fabrique du crousty, c'est de faire la guerre aux légumes. Dans le monde du crousty, le légume n'existe qu'à l'état de reliquat : dans les miettes de persil infinitésimales et dans les oignons déshydratés à l'huile qui font la signature du plat.
Mais, en fait, tout est calculé. Cet oignon, au contact du poulet et du riz chaud, dégage un fumet puissant qui met en appétit. C'est en quelque sorte le bénéfice du légume sans le désagrément de devoir le manger pour de vrai. Ajoutez le jeu de couleurs entre les sauces et le persil et vous obtenez un plat attrayant avec des moyens minimaux.

Je me suis donc retrouvé avec un poulet qui sentait bon et que j'avais envie d'attaquer très vite.
Et c'est vrai que ce Krousty Boursin n'est pas si mal.
C'est un carambolage de saveurs et de textures dans lequel il est difficile de faire le tri. Le poulet est bien, avec une panure fine, agréablement assaisonnée et une qualité de chair amplement suffisante pour un plat de ce type. On pourrait croire que tous les tenders se ressemblent mais ce n'est pas le cas. Chez Tacodor, l'évidence d'un poulet reconstitué était douloureuse, alors que chez TFK le poulet a une fibre et ça compte quand même vachement.

La sauce Boursin, épaisse, apporte effectivement une saveur explosive et un crémeux gourmand. Très important également : le riz est parfumé et bien cuit, ce qui fait toute la différence. C'est un des principaux reproches que j'ai faits à Tacodor.
Évidemment, je ne suis toujours pas convaincu par l'évacuation impitoyable de la verdure, qui aurait pourtant parfaitement sa place, au profit d'une pluie d'oignons frits. C'est vrai aussi que je suis toujours un peu écœuré par le mélange de la sauce, surtout celle au Boursin, avec le riz. Mais c'est sûrement comme le café, un goût qu'on acquiert. Hum.
Si j'ai trouvé le Krousty Boursin ludique, savoureux, nourrissant et résolument rebelle, je suis vachement moins convaincu par le Krousty Tempura. J'en ai vu des massacres, mais ici l'appellation "tempura" est particulièrement culottée.

Il s'agissait en fait de crevettes panées et, pour une raison mystérieuse, également de poisson. Pour être honnête, j'ai eu de la difficulté à identifier ce qui se trouvait dans la panure. Mais après des recherches poussées, et une analyse par le médecin cantonal (non), j'ai bien identifié un peu de crevette, et une majorité de poisson assez largement fondu dans la panure.

L'impression qui domine est celle de manger de la panure avec du riz et de la sauce.
Et puis, les grains de sésame décrits sur le menu étaient rigoureusement absents. Ça fait quand même deux erreurs dans les ingrédients. D'ailleurs, j'ai entendu le mec en cuisine demander où était le sésame. Il a dû finir par hausser les épaules et fermer la boîte. Gommette rouge pour le Krousty Tempura.
Si ça ne vous fait pas envie, c'est normal. Moi, j'aime à peu près tout, mais ça, c'est quand même hard à défendre. C'est comme pour le punk rock : au début c'est super sympa, ils font des trucs rythmés avec du Boursin dedans, mais il y a quand même un moment où tu descends suffisamment profond dans le style pour trouver des groupes qui se contentent de cracher partout en enchaînant les riffs inaudibles. Et pourtant, t'as toujours cette copine qui te dit que c'est son groupe préféré, qu'il faut écouter l'album 30 fois d'affilée pour comprendre.
Dernier point noir, ma commande, erronée, a dû être ajustée. Il y avait un plat en trop. Ça ne leur est pas venu à l'idée de me le laisser. Qui sait, peut-être que j'y aurais trouvé le reste de mes crevettes ?
Entre les erreurs de commande et les ingrédients manquants, c'est un peu le royaume de l'approximation. On met ça sur le compte du rodage mais aussi sur une clientèle jeune probablement assez peu regardante.
Vous me connaissez, je suis toujours content et attiré par l'innovation débridée. J'ai donc passé un très bon moment avec mes deux croustys. Et malgré les erreurs, j'ai largement préféré cette adresse à Tacodor. Cela dit, je n'ai pas encore trouvé le crousty qui me fera revenir.
TFKrousty
📍Rue de la Pontaise 44
1018 Lausanne
🌐https://www.instagram.com/tfkrousty/