Avra Mykonos : le deuil des 38 plats que vous ne commanderez pas

Une taverne grecque à Bournens avec 44 plats à la carte, des pleurotes sans chichi, une taramosalata qui claque et des haricots blancs servis avec l'assurance d'un restaurateur qui sait ce qu'il fait. Guérilla Gourmande est allé tester Avra Mykonos.

En Allemagne, c'est un classique. Le moindre village a son restaurant grec un peu kitsch avec une carte de Teller aux noms de dieux antiques : des assiettes de grillades généreuses dont je me souviens avec la nostalgie des vacances avec mes grands-parents maternels. Ils faisaient la moitié de la route depuis les Pays-Bas, nous faisons l'autre moitié depuis la Suisse. C'est comme ça qu'on atterrissait dans d'improbables villages allemands au charme bucolique.

Dans nos contrées, le grec est plus discret. En fait, pendant des années, seul le Lyrique représentait cette gastronomie à Lausanne, en tout cas à ma connaissance. Plus récemment, on a vu une vague d'adresses orientées snacking, proposer de la petite cuisine grecque en mode street-food : Meraki, The Greek Project, etc. Une formule dans l'air du temps qui correspond à la recherche d'une nourriture goûteuse et bon marché typique du monde post-Covid.

Alors lorsqu'un restaurant s'installe, en 2024, à nul autre emplacement que le noble village de Bournens, pour proposer une cuisine grecque complète, je m'étonne et, surtout, me réjouis. En inspectant la carte, je m'aperçois qu'on ne se contente pas d'assiettes adaptées aux habitudes locales. On perpétue avec assiduité la tradition du mezze.

Pour moi, cette façon de manger moult petits plats, à l'image d'un izakaya ou d'une bodega où pleuvent les tapas, est l'apport le plus admirable de cette cuisine méditerranéenne. En fait, je vais aller plus loin et affirmer sans ambages que le plat principal, en cuisine grecque, n'a pas gagné sa place sous ma fourchette. Pourquoi s'encombrer d'une grillade, somme toute relativement classique, quand on peut valser avec la myriade de plats végétaux qui font la signature et l'identité de cette région ?

Cela explique peut-être pourquoi l'espérance de vie dans cette "zone bleue" est si grande : comme en Inde, la maîtrise des légumes et la capacité à en tirer le meilleur, rendent viandes et même, j'ose le dire, poissons, superflus. Peut-être même que, au crépuscule de sa vie, 102 ans bien tapés, le Crétois moyen, serein, en passe de rendre son dernier souffle, se dit : "Allez, encore un jour. Demain, c'est Kolokitho Keftedes".

J'ai néanmoins laissé libre cours à l'inspiration du frangin qui a commandé un menu des plus variés. J'ai bien fait parce que ces anchois étaient parfaits. Un plat simple, dans l'esprit de partage, qui accompagne bière et vin avec beaucoup d'allant. Vous noterez que chaque plat est orné d'herbes et autres baies roses en quantité ainsi que d'un non moins généreux apport d'huile d'olive.

Comment ne pas se pâmer devant une adresse qui vous sert une assiette de pleurotes dans leur plus simple appareil ? Il est si rare de voir les champignons mis en avant avec autant d'aplomb. De mémoire, seuls quelques centres espagnols vous proposent des champignons sautés avec la confiance tranquille de n'y ajouter rien d'autre.

Je bouscule gentiment la viande mais c'est vrai que ce plat de Iaourtlou a quelque chose de spectaculaire et de particulièrement joyeux. Ce mezze de viande hachée est épicé avec fougue, noyé dans la tomate et le yaourt avec ardeur. Le tout disparaît donc très vite, ce qui n'est pas une mauvaise chose, puisque ça signifie que c'est bon, et qu'on aura de la place pour autre chose.

Un seul regret : je n'ai pas retrouvé le plaisir des courgettes frites, les Kolokithia Tiganita, qui sont pour moi la quintessence de cette cuisine. En Crète, je ne passe pas un repas sans les mettre sur la table. On commence par demander les Kolokithia Tiganita, puis seulement ensuite, on passe commande.

Chez Avra Mykonos, elles sont sous forme de bâtonnets. Mais pour votre serviteur, au régime désormais méditerranéen et à l'espérance de vie grandissante de minute en minute, le format chips est indispensable. Cette assiette de courgettes, bien que fort bonne malgré tout, manquait du croustillant et de la vivacité de sa version en fines rondelles.

Jusqu’ici, mon expertise en tarama se limitait au petit pot rose fluo de la Migros. Déjà, j'aime beaucoup ça. Alors, la rencontre avec une véritable taramosalata fut un choc : une attaque saline brutale, une texture qui a du répondant et un goût de poisson mature, loin de la chair blanche et délicate d'un filet grillé, mais sur la puissance grasse et fermentée de l’œuf. C'est l'équivalent marin d'un fromage de caractère. Fabuleux.

Ce restaurant, c'est le deuil permanent. Il y a 44 plats à la carte sans compter les desserts. Et chacun d'entre eux est probablement délicieux. C'est bien la force de cette taverne grecque : elle vous fait une clé de bras et vous force à revenir goûter une prochaine spécialité intrigante.

Ce jour-là, les Gygantes, d'énormes haricots blancs gratinés à la tomate et feta, qui font la fierté des propriétaires, m'ont émerveillé. Encore une fois, combien d'adresses proposent des haricots blancs avec autant d'assurance ?

À la fin, je crois que c'est ça qui fait un bon restaurant. L'envie de revenir bien sûr, mais aussi cette capacité d'accueillir, d'exciter la curiosité et de mettre en valeur des produits négligés. On a envie d'enchaîner les Mythos, la bière nationale, et de ne pas être raisonnable avec la sélection de vins grecs à prix d'amis.

Au début du repas, les tartinades d'olive et de poivron sont offertes, tout comme le pain grillé à l'huile d'olive. Au dessert, c'est la même rengaine. La tradition d'offrir un verre à la sortie est perpétuée.

Alors comment trouver quelque chose d'intéressant à dire sur une adresse comme ça ? Je fais le dépliant publicitaire, là. J'aurais peut-être pu me contenter de vous dire : "Allez-y et posez pas de question.". Mais que voulez-vous, Avra Mykonos, avec ses prix justes, sa cuisine diablement efficace et son ambiance festive, est pile dans ce que je cherche en ce moment.

Le milieu de gamme est le plus difficile dans la restauration. Mais ce soir-là, j'ai trouvé une gargote qui a su taper juste et trouver parfaitement sa place. Il est rare pour moi de vouloir retourner rapidement dans une adresse. Ici, au premier prétexte, ils me reverront sur leur pas de porte.

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Si tu lis Guérilla Gourmande, tu sais qu'on ne rigole pas avec la bouffe. Eh bien Helder, lui, ne rigole pas avec la boîte. J'en sais quelque chose. J'ai failli mourir plusieurs fois quand je l'ai accompagné au Portugal.

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📍Avra Mykonos
Pl. du Collège 2
1035 Bournens
🌐https://www.avra-mykonos.ch/

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