Chez Yin, on perpétue la tradition de la cantine chinoise avec brio

C'est mon type de restaurant préféré. La bonne nouvelle, c'est qu'il y en a de plus en plus.

Chez Yin, on perpétue la tradition de la cantine chinoise avec brio

UP ONLY.

C'est du jargon de trader : ça veut dire que le prix va toujours plus haut, sans interruption. Cette expression me vient en tête quand je pense à la cuisine chinoise dans notre région. La précision est en train de devenir la règle pendant que la restauration minimaliste s'efface petit à petit.

On a vu que le Chalet de Boussens introduit des techniques avancées en campagne. Et même si on peut voir un ralentissement d'adresses comme Chez Xu, c'est largement compensé par de nouveaux arrivants plus excentrés, comme le Henan à Renens.

Alors quand Sébastien - appelez-le Crétoche, ou éventuellement Cretoshi quand il est dans son arc asiatique - m'a parlé de Chez Yin, je me suis dit que, décidément, Renens est en train de devenir une meilleure destination que Lausanne. Et encore, vous n'avez pas tout vu, j'ai des adresses sous le coude qui sont complètement dingues et dont je n'ai pas parlé.

En tout cas, je suis toujours épaté par la capacité de certains à identifier les bonnes adresses. Ici, Cretoshi ne s'est pas trompé. Il a carrément tapé dans le mille.

Regardez ces aubergines Yuxiang qu'on pose sur votre table en échange d'un billet de vingt francs : c'est le paroxysme d'une cuisine délicieuse faite avec des ingrédients simples et bon marché. L'aubergine est probablement frite puisque sa peau, malgré la sauce sirupeuse, reste croustillante. Un vrai petit miracle de maîtrise qui témoigne de la compétence de l'équipe de cuisine camouflée sous un habit des plus modestes.

Parce qu'il a eu le fin nez, le Crétoche. Il fallait la renifler, la bonne gargote, au bord de la grande route de Lausanne. Il fallait avoir le bon esprit pour savoir que, derrière le patchwork bigarré de parasols Heineken, logos Moretti et nappes à carreaux, se cachait une cantine de compétition. Une fois de plus, on est au pied d'un immeuble dans une zone plutôt résidentielle. C'est niais de le dire, mais je le dis quand même, parce que c'est vrai : ces adresses nourrissent la ville.

Dans cette boutique, toute l'énergie est dans l'assiette, comme j'aime. J'y retrouve les sensations de la grande époque de Xu avec ces assaisonnements généreux, ces découpes gourmandes et sans chichis, le tout assorti à des prix au ras des pâquerettes, comme ce poulet frit à 19 CHF. Bienvenue en 2010.

Chez Yin, on ne réinvente pas la roue. On réplique un modèle qui a fait ses preuves et convaincu des milliers de clients. Les liserons d'eau à l'ail, le porc double cuisson ou l'agneau à la plaque de fer sont désormais des classiques, exécutés ici avec tout l'allant qui caractérise les adresses chinoises qu'on n'hésite jamais à visiter en toute occasion, sur place ou à emporter, sauf pour la fête des Mères.

Cet endroit dangereux propose aussi sa propre interprétation des nouilles maison. Un énorme plat qui descend tout seul. J'admets que ce n'est pas aussi abouti que les extraordinaires nouilles maison au Suan Cai du Henan, mais l'esprit QQ est là, tout comme la générosité. Je recommande sans réserve.

Pour les plus courageux, dont je ne fais pas partie, Chez Yin propose aussi un large choix de plats tripiers : estomac de porc et intestin de bœuf vous attendent sous de nombreuses déclinaisons toutes plus gourmandes les unes que les autres. Il faut juste être un solide.

Si Chez Yin ne révolutionne pas l'offre autour de Lausanne, il vient en renforcer la dynamique positive avec une conviction admirable. Ce qui pointe de plus en plus, c'est un paysage dans lequel vous pourrez, où que vous soyez, dégoter un excellent restaurant chinois, pas très loin de chez vous. Et ça, c'est une bénédiction que je n'aurais jamais osé espérer.


Chez Yin
📍Rue de Lausanne 61
 1020 Renens
🌐Ah, ah, tu t'es cru où ?

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